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Guérison par la chimie? L'imaginaire collectif y croit!     le 29/06/2017

Emancipés de l'aspect dogmatique et autoritaire des systèmes d'interprétation traditionnels religieux, "les êtres humains ont choisi, en grande majorité, de flotter à la superficie de la conscience, en s'employant à affronter des problèmes pratiques plutôt que d'accepter le défi de la complexité".

"Ainsi la promesse de la néopsychiatrie de pouvoir guérir avec des substances chimiques toute forme de mal-être psychique et psychosomatique a fait une percée dans l'imaginaire collectif. Une telle promesse a été forgée sur la base de découvertes mirobolantes en neurobiologie, en grande partie étrangères à la conscience commune, de laquelle étaient et sont dépositaires les psychiatres. La référence au cerveau et à la pensée comme à des systèmes complexes et mystérieux auxquels ne peuvent avoir accès que des spécialistes - besoin de référence n'ayant jamais été entièrement surmonté au niveau de l'imaginaire collectif - s'est donc proposée, avec une intensité particulière. Ceci a produit une confiance aveugle dans les psychiatres" qui ne se sont pas opposés, mais ont accepté de collaborer avec "les experts en marketing offerts par les industries ont organisé une stratégie de communication à trois niveaux".

"Dans le rapport avec le public, ils ont traduit le savoir ésotérique qu'aurait produit la neurobiologie en des formules extrêmement simples et faciles à comprendre, centrées sur le fait que la complexité cérébrale comporte comme noyau ultime de son fonctionnement la production de substances chimiques qui permettent la communication entre les neurones (les neurotransmetteurs). Sur cette base, la maladie va être attribuée au défaut ou l'excès d'un neurotransmetteur, et sa cure sera tournée vers la restauration de l'équilibre normal neurotrsansmissif".

"Une ultérieure stratégie a consisté à classer les maladies psychiques qui auparavant relevaient seulement de trois catégories (névrose, psychose et personnalité psychopathe) en maladies biologiques qui sont euphémistiquement qualifiées en termes de désordres" ou troubles, comme les troubles bipolaires, troubles de l'attention, trouble d'attaque panique... "Les psychiatres réussissent à se faire passer pour des scientifiques qui parlent en code, comme les physiciens ou les chimistes" en adoptant des sigles aussi bien pour les différents troubles que pour les substances actives contenues dans les médicaments chimiques censés les apaiser".

"La dernière stratégie concerne la recherche sur les maladies mentales et l'effet des médicaments" Cette recherche se propage en brandissant des images neuroradiologiques, censées démontrer comment l'angoisse, la dépression, la schizophrénie, etc. sont des maladies biologiques. Et concernant les effet de la chimie médicamenteuse, puisque les recherches sont sponsorisées par l'industrie pharmaceutique, elles seront unanimes à attester l'efficacité thérapeutique et à en minimiser les effets collatéraux".

Source: Luigi Anèpeta: Al di là della Psichiatria. Proposta di un modello alternativo, 2009, conférence à Rome
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Critique de la néopsychiatrie (médicalisation chimique)     le 29/06/2017

Luigi Anepèta est un psychiatre fortement engagé dans la défense de l'antipsychiatrie, c'est-à-dire la possibilité de donner une autre définition de la maladie mentale et par conséquent un autre traitement. Il propose d'envisager que la néopsychiatrie est une mystification idéologique qui conduit à des abus dans la médicalisation chimique. La vision néopsychiatrique ramène les problèmes psychiques à une "maladie mentale", due à l'excès ou au défaut de substances chimiques. Cette codification s'est si bien divulguée qu'elle est désormais banalisée, acceptée dans le sens commun. Cependant c'est surtout l'avidité des grandes industries pharmaceutiques qui est ainsi satisfaite, tandis que le soulagement à la souffrance des personnes souffrant de perturbations psychiques n'est traité que superficiellement.

Anèpeta soutient que le prestige des solutions amenées par la néopsychiatrie est rendu possible du fait que la population attend une solution radicale et "magique" au problème des dérangements psychiques. Mais si on creuse un peu la question de la validité des paradigmes explicatifs, on peut aisément constater les points faibles de ce modèle. Malheureusement la conscience critique sur cette question n'est pas encouragée, puisque les mass-médias continuent à véhiculer des flux d'informations qui présentent toujours de manière avantageuse les nouvelles découvertes proposées selon la logique néopsychiatrique, en confirmant à chaque fois l'idée que les facteurs génétiques et biologiques sont déterminants dans toutes les types de désordres psychiques. "L'angoisse et la dépression ne sont plus des syndromes, c'est à dire des formes névrotiques non structurées, mais bien des dysfonctions" traitées directement. C'est un peu comme si les médecins se contentaient de traiter la fièvre, par des médicaments destinés à la faire baisser, sans comprendre en quoi elle est l'effet visible d'une autre pathologie qui couve.

Pour Anèpeta "les conflits psychodynamiques, quelle qu'en soit la genèse, représentent un potentiel évolutif", c'est-à-dire la possibilité d'atteindre un niveau de développement plus haut, compte tenu qu'il y a une dualité potentiellement en conflit en tout humain, la part sociale et la part individuelle. L'être humain est doté d'une double nature, qui est à l'origine des tensions psychiques qui l'agitent parfois: "il s'agit d'un animal radicalement social qui vit du début à la fin dans une interaction perpétuelle avec les autres, mais en même temps, il est doté d'une identité individuelle, une vocation à être d'origine génétique et un besoin d'individuation". "Il a donc besoin d'appartenir et s'intégrer au groupe avec lequel il interagit, mais en même temps, de se différencier au point de sentir que ses choix de vie sont dictées par sa propres volonté et expriment sa liberté".

Pour expliquer en quoi la pathologie est un symptôme de vitalité intérieure refoulée d'un moi qui "tout en poursuivant son individuation, doit quand même composer avec le milieu social et avec le monde tel qu'il est représenté intérieurement", Anèpeta utilise la métaphore du tremblement de terre. Les réactions psychiques intenses sont à comprendre comme des manifestations de l'inconscient dynamique, qui va tenter d'extérioriser l'énergie d'un jet, dans une tentative de guérison de ce qui se trouve en dessous et qui avait été blessé ou était en prise à des conflits: "ce sont des messages significatifs que l'inconscient lance à la conscience pour lui faire part qu'il y a des problèmes à résoudre".

Anèpeta insiste particulièrement sur le fait que la néopsychiatrie, en fondant sa méthode sur l'idée de "vulnérabilité génétique", facilement traduisible en termes biochimiques, minimise de façon drastique la reconnaissance du fait que ce sont des expériences subjectives et sociales qui sont très souvent à l'origine des troubles. Ils ont le défaut d'interpréter les manifestations "explosives" de l'inconscient comme des signaux d'un déséquilibre naturel. Ils laissent croire que la maladie mentale est de même nature que la maladie somatique et que celle-ci ne dépend pas du rapport entre le sujet et le monde social ou n'a rien à voir avec l'effort d'individuation et les conflits que cela suppose.

"Si le moi était en état de décoder les symptômes en leur attribuant leur juste signification une grande partie du mal-être psychique fondrait comme neige au soleil, ou mieux, il se traduirait en problèmes à résoudre". Mais... "il advient que la conscience, entichée du mythe de son unité, ne peut décodes les messages qui parviennent de l'inconscient et d'autant moins les accueillir comme étant les expressions de subjectivités impersonnelles y habitant".

Note de Saresca: Un sujet qui chercherait à comprendre par lui-même ce qui se passe en profondeur, risque de mal interpréter les messages de son propre inconscient et de se retrouver encore plus déboussolé. C'est donc ici qu'un accompagnement thérapeutique par le dialogue, même en état d'hypnose légère, peut se révéler bien plus fructueux que la méthode d'équilibrage automatique par des médicaments chimiques. C'est quand le thérapeute arrive à canaliser l'attention sur l'aspect psychodynamique et vital des messages de l'inconscient que quelque chose peut se débloquer.


Source: Résumé de la première partie du texte de Luigi Anèpeta: Al di là della Psichiatria. Proposta di un modello alternativo, 2009, conférence à Rome
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L'introversion comme regard porté vers le dedans     le 28/06/2017

Chaque conscience individuelle vit dans l'interface entre deux mondes: celui externe, qui s'affiche à travers les sens, et celui interne, qui devient perçu comme le "siège" de l'identité propre. Le trait de personnalité introverti/extraverti signifie simplement que certains sujets semblent plus attirés par le monde externe, d'autres par le monde interne: les uns pensent, sentent et agissent sur la base des données arrivant du monde extérieur; les autres filtrent ces données au travers de leur monde interne et leur donnent des significations subjectives. Alors que cette distinction a été à l'origine rendue explicite et valorisée par Jung, elle devrait aujourd'hui être repensée, parce que, dans notre monde, l'introversion est de plus en plus devenue l'expression d'un trait négatif de la personnalité. Etre introverti signifie ni plus ni moins être renfermé, solitaire, peu communicatif, timide, peu sûr de soi, maladroit, inadapté, etc. Un tel préjugé est souvent malheureusement partagé aussi par les introvertis eux-mêmes, qui vivent dans l'inconfort leur propre diversité et font tout ce qu'ils peuvent pour la cacher ou la nier, en tentant d'homologuer leur comportement sur celui des autres.

Source: Luigi Anèpeta, L'introversione come modo di essere (Vademecum sull'introversione) introduction au livre: Saggio Timido, docile, ardente (Franco Angeli, Milan 2007)
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Conscience de soi, conscience écologique, conditions d'immanence     le 24/06/2017

"Internaliser des sentiments et des procédures écologiques (...) en tant que médiation religieuse dans la recherche du sacré. De cette façon, les habitudes écologiques de soin responsable envers l'environnement et la nature deviennent partie intégrée d'un système de crédos écologiques. La convergence entre ces deux univers de pratiques semble indiquer l'existence d'horizons imaginaires communs entre l'écologie et la spiritualité, que nous allons appeler "pratiques d'auto-cultivation", en tant que cheminement vers la santé et le bien-être physique, mental et spirituel. L'idée de cultivation peut prendre deux sens (...) l'un se réfère au sujet-self, l' auto-cultivation incorpore alors un ensemble de pratiques auto-éducatives que nous identifions comme une forme d'ascèse dans le monde, entendu comme occasion d'arriver à une amélioration des conditions personnelles à travers le soin du corps et de l'âme. De ce fait, pendant que le soin du corps suppose l'apprentissage d'une façon de s'alimenter sainement, de pratiquer de l'exercice physique et d'utiliser des formes de médecine alternative, le soin de l'âme, aussi, comprend un certain nombre de connaissances relatives aux nouvelles formes de spiritualité, les thérapies alternatives et la méditation, entre autres. De l'autre côté, la cultivation de l'environnement se rapporte à la préoccupation écologique de la durabilité de la nature, de l'éducation environnementale et de la survie de la planète. Dans ce domaine de pratiques, la consommation de produits écologiques, le recyclage et l'agriculture bio peuvent être mis en évidence, entre autres. Même si la culture du self et et celle de l'environnement n'apparaissent pas toujours interreliées, la probabilité qu'elles le soient est significative étant donné une tendance à la complémentarité entre les processus de sacralisation de la nature et ceux de "naturalisation" du sacré. La raison qui soutient ces pratiques d'auto-cultivation peuvent être situées en fonction d'un certain "esprit du temps", en accord avec les tendances et transformations observées dans un concept profond de religion de l'époque contemporaine, qui conduit vers un déplacement de la transcendance à l'immanence. Ainsi, alors qu'il était placé hors du monde le Dieu des religions à transcendance laisse peu à peu place à un Dieu dans le monde, qui apparait sous la forme des énergies et expériences psycho-mystiques, caractérisant ce qui a été nommé en tant que "religions du self". (traduit de l'anglais)
Source: Isabel Cristina Moura Carvalho et Carlos Alberto Steil – 2008 - The Sacralization of Nature and the ‘Naturalization’ of the Sacred: theoretical contributions for the comprehension of the intercrossing between health, ecology and spirituality
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Des médecines alternatives au caractère religieux (New Age)     le 24/06/2017

"Dans le champ de la santé - c'est-à-dire l'espace social où l'on se dispute le monopole matériel et symbolique des services thérapeutiques, le droit à définir les maladies et les façons de les traiter - on remarque un processus de diversification par lequel les limites concernant ce qui est spécifiquement médical ou religieux deviennent non seulement diffuses, mais poreuses. En réalité, il ne s'agit pas seulement d'une avancée de la religion sur la médecine, mais d'une superposition dynamique d'espaces sociaux, où certaines thérapies tendent à se spiritualiser, du moment que la foi et les croyances réclament leur droit à guérir quand la médecine échoue. Dans ce contexte les stratégies individuelles présentent une énorme capacité combinatoire, en permettant d'élaborer des réponses distinctes à des situations de souffrance physique, psychique, émotionnelle et sociale, en générant une ouverture à de nouveaux modèles de combinaison, qui répondent autant à la demande des utilisateurs qu'à une redéfinition des limites et des compétences sur le marché des soins des âmes et des corps". (traduit de l'espagnol)

Source: Joaquín Algranti et Mariana Bordes, Observaciones sobre las estrategias de producción de sentido frente al cambio social, 2009, Revue Argumentos (Méxique) vol.22 no.61
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L'hypnose aussi, bien sûr, est utile pour prendre sa santé en main     le 23/06/2017

Les recherches menées avec mes collègues démontrent que de nombreux patients pris en charge au sein de services d'oncologie ont également recours aux médecines non conventionnelles. (...)
Il existe plusieurs raisons qui poussent les patients à faire appel à ces thérapies, notamment pour soulager la douleur et la souffrance, atténuer les effets secondaires des chimiothérapies ou autres traitements, ou encore prévenir et lutter contre les risques de récidives, notamment par l'alimentation et l'introspection. D'autres se positionnent davantage dans une quête de sens pratique pour soigner les causes supposées de la maladie. Alors que certains se perçoivent, par le recours à des thérapies autres, comme les vrais acteurs de la lutte contre la maladie et de la quête de guérison.
Source: L'anthropologue Ilario Rossi, dans un entretien de l'Hebdo, mai 2016
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Avoir un projet de santé, tenter autre chose pour se soigner     le 23/06/2017

"Tout en faisant confiance à la médecine conventionnelle, toujours plus de personnes s’ouvrent à de nouvelles formes d’expérimentations corporelles et de connaissance de soi par le biais de différentes thérapies, comme l’homéopathie, la médecine chinoise ou l’ayurvéda, par exemple. Par ailleurs, nombreux sont ceux qui utilisent les médecines complémentaires dans le but de construire de manière autonome et responsable leur propre projet de santé, préventif ou curatif, afin de s’assurer un bien-être personnel. Ces changements de paradigmes nourrissent la pluralité du marché de la santé en Suisse. Pensez-vous que cet intérêt s’inscrive aussi en réaction à une médecine conventionnelle parfois perçue comme trop technologique? On peut effectivement voir cet engouement pour les médecines et thérapies complémentaires comme une forme d’autorégulation sociale, face à des sociétés toujours plus technologisées, scientificisées et efficientes, dans lesquelles les biotechnologies sont survalorisées… Il semble évident que plus ce dernier pôle se renforce, plus les personnes sont portées à expérimenter d’autres formes de soins et donc d’autres modalités de vivre leur corps, dans la quête d’un certain équilibre".
Source: L'anthropologue Ilario Rossi, dans un entretien de l'Hebdo, mai 2016
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Transe pour se régénérer à la saison sèche...     le 23/06/2017

Chez les Huichols, qui consacrent six mois de leur vie à se régénérer durant la saison sèche, la transe est dite "nierica", ce qui signifie "porte", "barrière" et "juste vision des choses". (...)

Ces expériences véhiculent, pour nous, Occidentaux, des représentations qui vont au delà de la vision biologique de notre corps. La science biomédicale elle même nous apprend d'ailleurs qu'il existe des relations, dont on ignore encore tous les mécanismes, entre les systèmes endocriniens, immunitaires et nerveux - entre le fonctionnement de notre corps et tout ce qui est activités cérébrales, reliées à la pensée, au langage et aux émotions. Le corps n'est donc pas "seulement biologique" et l'expérience de l'hypnose contribue à nous faire redécouvrir cette réalité.

Source: Elisabeth Gilles, Transe" avec les Huichols (étude de l'anthropologue Ilario Rossi)
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