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Retrouver le sens de l'espace existentiel

Se plaçant sous l'éclairage de la phénoménologie existentielle, la géographie humaniste se veut une réponse à une géographie scientifique trop dogmatique, trop abstraite, trop mécaniste et trop étroite dans son approche. Elle met davantage l'accent sur l'étude des intentions, des valeurs et des buts d'un groupe humain donné. Son postulat central est le suivant: "l'espace vécu est le monde de l'expérience immédiate, antérieur à celui des idées scientifiques". La géographie humaniste estime donc que beaucoup d'abstractions ne sont pas forcément fondées sur les assises de l'expérience vécue.
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Les procédures scientifiques qui séparent les sujets et les objets, la pensée et action, les gens et leurs environnements sont inadéquates pour analyser le monde vécu. Les humanistes pensent donc que les descriptions géographiques de l'espace ont trop longtemps négligé différentes facettes de l'expérience humaine. Le sens des lieux, les liens affectifs avec les paysages, le genius loci, les rythmes temps-espace forment autant éléments pouvant apporter un support humaniste à la géographie. La phénoménologie forme donc bien la base philosophique éclairant cette nouvelle démarche en géographie.
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Antiscientiste parce elle rejette l'attitude prétendant résoudre tous les problèmes par la science. Antipositiviste parce elle s'oppose à la systématisation de la pensée humaine et à cette tendance à réduire la réalité aux lois que l'esprit peut en dégager. La phénoménologie repousse donc l'idée que la vérité et la certitude n'existent que par la science. Elle n'admet pas qu'on doive rejeter comme non valide tout autre niveau d'explication. La phénoménologie estime donc que la pensée peut atteindre d'autres vérités que celles atteintes par les lois scientifiques Elle rejette le néo-positivisme qui veut traiter les comportements humains selon des formules mathématiques. Antiréductionniste parce elle oppose toute forme de pensée visant ramener les attitudes humaines aux lois de la physique.
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La démarche phénoménologique apparaît comme non conventionnelle et non conformiste parce qu'elle pose des questions à l'inverse de la démarche dite scientifique. Ce qui importe, c'est de révéler la nature de l'expérience humaine plutôt que d'expliquer et de prédire le comportement humain. Cette description du monde quotidien de l'expérience vécue englobe donc les actions, les mémoires, les fantaisies, les perceptions et les rêves. C'est donc une méthode qui récuse toute rationalité, toute hypothèse ou concept a priori, toute grille d'analyse pré-établie et tout énoncé de lois a posteriori.

La phénoménologie postule ainsi un principe intangible pour elle: "toute connaissance procède du monde de l'expérience et ne peut être indépendante de ce monde. Il n'y a pas un monde unique et objectif mais une pluralité de mondes". Sous cet angle la phénoménologie n'apparaît pas comme une anti-science irrationnelle mais davantage comme un rejet de l'absolutisme et de la dictature de la pensée scientifique positiviste sur toute autre forme de pensée. En d'autres mots la science n'est pas le seul moyen pour comprendre le monde. Au lieu de partir de théories, de concepts et de présupposés scientifiques, la phénoménologie décrit rigoureusement les mondes vécus de l'expérience humaine. La méthode phénoménologique fournit un nouvel éclairage sur les relations entre l'homme et la nature. Cette méthode met en relief les limites des approches quantitatives et positivistes. L'homme est l'ultime point de référence pour tous les objets et faits de nature; aussi le monde ne peut être compris qu'à partir des attitudes et des intentions de homme vis-à-vis de lui. Les faits ne sont pas les seuls objets de la connaissance. Les émotions, les sentiments, les sens et les images le sont aussi. La description phénoménologique n'est pas ébauchée à partir d'une simple observation mais elle est plutôt une démarche réfléchissante sur l'expérience.

L'accumulation des expériences aboutit à une authenticité, c'est-à-dire à des faits qui sont véritablement de leur auteur. Elles expriment une vérité profonde de l'individu et non des habitudes superficielles ou des conventions.
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Le sens humain de espace terrestre (...) Elle va bien au-delà de la connaissance géographique scientifique ou de la connaissance géographique systématisée jusqu'à maintenant par les géographes. Prenant en compte le domaine périphérique tout entier, elle recouvre les idées géographiques, à la fois vraies et fausses, de toutes sortes de gens - pas seulement celles des géographes, mais aussi celles des fermiers et des pêcheurs, des hommes d'affaires et des poètes, des romanciers et des peintres, des bédouins et des Hottentots - et pour cette raison elle a nécessairement un lien avec des conceptions subjectives.
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A la la frontière du monde matériel, où insère activité humaine, et du monde imaginaire, ouvrant sa symbolique à la liberté de l'esprit, nous rencontrons ici une géographie intérieure, primitive, où la spatialité originelle et la mobilité profonde de l'homme dessinent des directions, tracent des chemins vers un monde autre... L'expérience géographique si profonde et si simple invite l'homme à prêter aux réalités géographiques une sorte d'animation et de physionomie, où revit son expérience humaine intérieure ou sociale.
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La réalité géographique pour l'homme, c'est d'abord là où il est, les lieux de son enfance, l'environnement qui le convoque à sa présence. Des terres qu'il foule ou qu'il laboure, l'horizon de sa vallée, ou bien sa rue, son quartier, ses déplacements quotidiens à travers la ville. Toujours solidaire d'une certaine tonalité affective, la réalité géographique ne requiert pas pour autant une géographie pathétique, un romantisme de la terre.
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L'approche humaniste est éminemment égocentrique alors que la démarche néo-positiviste est libre de tout ego.

Source: André-Louis Sanguin, La géographie humaniste ou l'approche phénoménologique des lieux, des paysages et des espaces, Annales de Géographie, 1981, pp. 560-587

 

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L'autorité intérieure, c'est-à-dire la marque individuelle

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On fait référence à l'autorité intérieure en hypnose comme à une possibilité qu'a le client d'agir en conformité avec ce qui est adéquat pour lui-même, du moment qu'il s'identifie à un projet de vie ou à un sentiment global de bien-être. Le plus souvent l'autorité intérieure résulte d'une alliance entre ce que nous appelons le conscient et ce que nous appelons l'inconscient. L'autorité intérieure peut en quelque sorte être déstabilisée momentanément lors de la dissociation qui conduit à l'état de transe. Elle est déstabilisée parce que appelée vers des éléments nouveaux, suggérés par l'hypnothérapeute, ou simplement apparus intuitivement. Ces éléments nouveaux enrichissent le spectre habituel des idées qui circulent dans le mental. Ils apparaissent spontanément quand les capacités intuitives de l'imaginaire sont activées et ceci notamment durant la transe hypnotique.

Dans les cultures traditionnelles ce qui relève de l'imaginaire était le plus souvent associé à des notions faisant partie du domaine religieux. C'est pourquoi j'ai associé l'article Sujet et objet, mais aussi le sacré numineux à cette discussion. En parlant d'imaginaire, on reste dans une énonciation neutre, qui ne présuppose pas des croyances religieuses, ce qui permet de tenir un discours admis par un large public, actuellement.

Une autre dimension apparaît dans l'article cité, c'est celle du sujet qui se différencie de l'objet. On se trouve ici dans une approche philosophique qui est celle de la phénoménologie: le sujet est capable de connaissance et cette connaissance est multiple, notamment elle peut être focalisée sur des objets, mais aussi, de manière réflexive, sur le sujet qui devient objet de connaissance pour lui-même. Ceci dit, l'autorité intérieure suppose la présence d'un sujet, c'est-à-dire d'un individu qui a trouvé une part d'autonomie et la faculté d'avoir emmagasiné un certain nombre de connaissances sur le monde et sur lui-même. Dans ce contexte cet article donne un éclairage intéressant: l'individuation chez Jung. J'ai aussi prévu un schéma expliquant de manière visuelle comment une fluctuation des limites du sujet a lieu dans le processus hypnotique, puisqu'un élargissement momentané a lieu vers des sensations, des idées, des expériences encore non intégrées.

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