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Les deux niveaux de mémoire, l'encodage parallèle

Dans la théorie intitulée « Double représentation », Brewin, Dalglheish, et Joseph (1996) font l’hypothèse que les souvenirs traumatiques sont différents des souvenirs normaux. Ce modèle implique deux niveaux de mémoire, dans lesquels les informations relatives à l’événement traumatique pourraient être représentées. Les souvenirs liés à l’événement traumatique seraient encodés de façon parallèle, dans ces deux niveaux de mémoire, au moment de l’événement traumatique. Les mécanismes de stockage des souvenirs traumatiques feraient appel à des circuits neuronaux différents de ceux utilisés pour les souvenirs normaux. Le premier niveau de mémoire serait la conscience, dans laquelle les souvenirs pourraient être « accessibles verbalement ». Ces souvenirs seraient encodés par l’hippocampe et stockés dans un contexte temporo-spatial bien défini. Ils pourraient être récupérés volontairement, puis intégrés de façon progressive. Le deuxième niveau de mémoire serait constitué par les « souvenirs accessibles en situation ». Ces souvenirs ne seraient pas encodés par l’hippocampe et ne seraient donc pas stockés dans un contexte temporo-spatial défini. Ils ne seraient récupérables qu’après activation lors de la confrontation à un aspect de l’événement traumatique initial. Ainsi les symptômes dissociatifs et les flashs back résulteraient d’une activation de la mémoire « accessible en situation ». Le processus émotionnel permettant la résolution du trouble devrait intervenir à la fois sur les souvenirs « accessibles verbalement » et les « souvenirs accessibles en situation ». Cette théorie permet d’expliquer les symptômes de dissociation mais explique peu les symptômes d’évitement

Linda Decam, De la névrose traumatique à l’état de stress post-traumatique. Thèse de doctorat en médecine, 2012, Université de Grenoble, p 28

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L'accès aux ressources, un cheminement complexe

"Le travail de l’historien nous éclaire sur ce qu’est notre mémoire personnelle. Qu’est-ce que se souvenir ? Qui est le sujet du souvenir ? Lorsque nous évoquons un épisode de notre existence, le temps présent est mis entre parenthèses au profit d’une plongée dans le monde englouti. Les forces, les idées, les ressources que l’action quotidienne puise dans ce monde-là nous restent invisibles. Nous les utilisons à notre insu. Il serait trop facile de considérer notre mémoire comme une réserve d’informations, de « données » accessibles selon des processus toujours actionnés de façon identique. Là encore il y a un dialogue permanent entre des couches émergentes et tout un monde de latences.
L’aspect pronominal du verbe doit susciter notre étonnement. Se souvenir, c’est s’adresser à soi-même. Pour se souvenir, il faut arrêter le temps et opérer un retour vers soi. Nous faisons bien plus qu’aller chercher de l’information. Nous reprenons une parcelle de notre propre matière pour l’observer, la réorienter, la reciseler et la placer dans l’orchestration présente. Notre mémoire est la pâte dont nous sommes fabriqués. Elle contient des points durs et des zones aérées, des couches de couleurs différentes. Elle n’offre pas de tableau bien net parce que nous la modelons sans cesse. Comment parvient-on à se modeler soi-même ? Voilà qui est paradoxal. Dans les secrets du monde pronominal, la mémoire s’inscrit comme l’instrument de notre fabrication et de notre métamorphose. "

Christine Bergé, L'Odyssée de la mémoire, (première partie, chapitre 6), La Découverte, 2010

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Pas si facile à distinguer la mémoire de l'imagination

Ce passage obligé par le récit, donc par la fabulation, pour la mémoire et celui qui en est, permet bien sûr de rapporter des événements auxquels il a assisté, mais permet aussi d'inventer, d'imaginer. C'est pourquoi, pour Janet ( 1928, p. 298), l'imagination naît de la mémoire et en est une partie. Ainsi, comme le remarque James ( 1915, p. 266-267), " nous racontons plutôt ce que nous voudrions avoir dit ou fait que ce que nous avons réellement dit ou fait; peut-être, lors d'un premier récit, pouvons-nous distinguer la réalité de la fiction ; mais bientôt celle-ci élimine celle-là où elle règne seule désormais ".

De plus par la fabulation, il y a de toute façon une transformation de l'événement et ceci constitue donc toujours un défaut de réalité, un défaut de vérité de la mémoire (Janet, 1928, p. 289)

Ainsi, lors de cette troisième période de l'évolution de la mémoire, imagination et mémoire sont confondues à cause même du mécanisme (la narration) qui permet à la mémoire d'atteindre son but : faire éprouver à un autrui n'ayant pas assisté à un événement ce que le narrateur a éprouvé en assistant à cet événement.

Ce fabuleux développement de la mémoire grâce à la fabulation qui donne au récit une organisation intelligente (Janet, 1936, p. 222) est cependant incomplet, et " pour que la mémoire devienne pratique, il faut qu'elle sorte de cette inconsistance vague dans laquelle la fabulation l'a laissée " (Janet, 1928, p. 299). Si la mémoire était dominée par la seule fabulation, elle serait devenue inutile. Pour devenir consistante et utile, la mémoire a dû faire un nouveau progrès grâce à la création du présent qui rattache la mémoire et la réunit à l'action (Janet, 1926, p. 244-253 ; Janet, 1928, p. 293 ; 310-312 ; Janet, 1929, p. 289).

" Le présent est le moyen de rattacher le récit à l'action des membres et pour cela il faut qu'il transforme cette action elle-même en un récit. [...] le présent est caractérisé par un récit de mon action fait en même temps que l'action " (Janet, 1936, p. 229).
Source: Stéphane Laurens et Topshiaki Kozakaï, Pierre Janet et la mémoire sociale, revue Connexions, 2003/2 (No80)

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