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Orientation vers un futur, organisé en liberté

Texte de Charles Pépin, philosophe, intitulé: "Le jour où Sartre a répondu à Freud"

Connaissez-vous la proposition sartrienne d’une « psychanalyse existentialiste »? Sartre était tellement fasciné par Freud qu’il a essayé de fonder une forme de psychanalyse concurrente, reposant sur l’idée… que l’inconscient n’existe pas ! Ce que Freud nomme l’inconscient n’est pour Sartre qu’une conscience de mauvaise foi : l’homme ne veut pas voir ce qu’il a refoulé, mais qu’il a bien dû « voir » au moment de le refouler – sinon, il n’y aurait pas eu refoulement. Nul inconscient profond chez Sartre, ni de libido exprimant l’intensité de l’énergie associée aux pulsions refoulées, juste une zone de la conscience que l’homme ne veut pas voir, incapable de cette honnêteté vis-à-vis de lui-même.

L’inconscient ainsi redéfini, et donc nié, ne peut en conséquence déterminer l’homme à être ce qu’il est : l’homme n’est plus déterminé par son passé; il est libre de s’inventer à chaque instant. Comment refonder la psychanalyse si l’on pense que l’individu n’est pas le produit de son passé ? En proposant, comme Sartre dans L’Être et le Néant, d’allonger les individus pour leur permettre d’entendre, non pas leur passé… mais leur avenir ! De trouver un projet capable de redonner du sens à leur vie, de rendre leur passé supportable, voire d’en faire une force.

Pour Sartre, le passé n’existe pas : il n’a aucune réalité objective. Il se donne à nous en fonction de la manière dont nous nous projetons dans l’avenir. Reste à trouver le projet – la finalité – qui changera l’obstacle (un passé douloureux) en opportunité. L’angoisse, qui plongeait selon Freud ses racines dans notre passé, s’éclaire alors chez Sartre de notre rapport à l’avenir. Vous avez le vertige, une peur phobique des balcons trop élevés ? Inutile d’aller chercher dans votre enfance l’introuvable clé de l’énigme. C’est l’avenir qui vous angoisse, l’avenir tout proche : de ce balcon, vous pourriez vous jeter dans le vide. Finalement, c’est votre liberté qui vous angoisse, cette liberté qui peut être « monstrueuse », l’angoisse devenant le symptôme de cette douloureuse prise de conscience de votre liberté.

Pour en sortir, il s’agissait chez Freud de saisir la manière dont nous sommes pris dans le destin, Sartre nous propose d’assumer pleinement cette liberté qui est aussi l’origine de notre angoisse. Toujours la même histoire : la liberté contre le destin. On imagine très bien le dialogue entre les deux. Freud : « Ainsi, vous proposez simplement de guérir les hommes en leur donnant un projet ? » Sartre : « Eh bien oui, c’est toujours mieux que de leur donner un destin ! » C’est probablement Freud qui a raison. Mais Sartre plaît beaucoup plus aux partisans de thérapies brèves et aux coachs pressés, par temps de crise, de « changer les obstacles en opportunités »…

Charles Pépin, "Le jour où Sartre a répondu à Freud", décembre 2010, Psychologies.com  https://www.psychologies.com/Therapies/Psychanalyse/Inconscient/Articles-et-Dossiers/Le-jour-ou-Sartre-a-repondu-a-Freud

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Jusqu'où résister à la suggestion?

(...) Sigmund Freud a proposé l'hypothèse d'un inconscient indifférent à la suggestion, ce dont témoigneraient les « résistances » du patient. Toutefois, rien ne s'est produit ici de décisif qui aurait permis de faire la différence entre une fiction d'autant mieux consentie par le patient qu'elle est parée des atours de la «résistance» et ce qui serait la vérité du psychisme, enfin stabilisée de manière fiable. La technique psychanalytique ne peut pas non plus se prévaloir d'une efficacité privilégiée qui, seule, aurait pu valablement conférer à l'inconscient, et à lui seul, le privilège d'expliquer «la multiplicité exotique des modes de guérison». En dépit de sa volonté affichée de «faire science», la psychanalyse n'aurait été qu'un artefact de plus.

Ce que visent des protocoles d'expériences toujours plus sophistiquées, c'est à stabiliser un savoir sur le psychisme humain, savoir qui pourrait être obtenu à l'insu des sujets soumis à l'expérience. Mais ce qui apparaît en fin de compte aux observateurs les plus avertis, c'est que, loin d'être dupés par les protocoles expérimentaux, les cobayes humains excellent au contraire dans l'art de répondre aux attentes les plus masquées des expérimentateurs. Alors, tout ne serait-il finalement que suggestion, artefact?

A propos du livre d'Isabelle Stengers, 2002.
Source: Magali Molinié, revue Sciences Humaines, 2003 (les troubles du moi)

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Oeuvre de Jung au prisme du fondamentalisme religieux

Après les Lumières, la religion ne peut être intégrée par l'Occident que si elle capable d'œuvrer dans la proximité et l'alliance avec la science et la philosophie. La religion ne peut être à nouveau prise en compte que si certaines libertés et certains droits fondamentaux peuvent être garantis. Une religion qui exige une obéissance totale à des lois morales inflexibles et à des autorités religieuses ne peut être viable. L'Occident qui pense ne veut pas et ne peut pas accepter le fondamentalisme quelle que soit sa forme.

Source: Tacey David, « Le rôle du numineux dans la réception de Jung », Cahiers jungiens de psychanalyse, 3/2008 (N° 127), p. 95-111 http://www.cairn.info/revue-cahiers-jungiens-de-psychanalyse-2008-3-page...

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