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histoire de vie

Sur les rites de passage

"Tous, nous avons l’expérience de pages difficiles à tourner, qui ont nécessité bien trop de temps, bien trop douloureux…. On peut même avoir l’impression, parfois, d’être encore au milieu du gué, un pied ici et l’autre là, dans une ambiguïté intérieure qui suscite l’impression d’être en porte-à-faux par rapport à l’environnement. Et puis il y a aussi le passage qui s’annonce, et dont on se fait une montagne avant même qu’il ne soit là.

Or il est possible de revenir sur les passages mal bouclés ; de rendre sa fluidité à un passage en cours ; ou même de se préparer au prochain passage encore à venir. Il ne s’agit pas d’anticiper ce que l’on vivra, c’est impossible ! Mais il peut être grandement aidant de savoir, par expérience, comment se structurent et s’enchaînent les étapes d’un passage, quelles sont les précautions à prendre et les risques à éviter."

Tony Khabaz,  Rites de passage et bien-vivre, 2016
 

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Honte et trauma: l'absence de parole intime

Tout trauma peut entraîner une modification de l'image du moi, traduisant une atteinte dans l'ordre symbolique, se cristallisant sous un affect: la honte. Le trauma est toujours l'invasion brutale de l'être par le tout sensationnel, l'occupation absolue par des sensations sans mots, des émotions polyvalentes qui vident l'être de tout langage. Ceci se traduit plus tard dans l'impossibilité qu'a la victime de dire ces instants d'agression dont tout vécu est absent ou de se qualifier alors de "terrorisée, sidérée paralysée, médusée, comme absente, hors de soi-même..."

Le sensationnel dans sa brutalité traumatisante et totalisante s'oppose au ressenti et l'annule. Le ressenti est de l'ordre de l'"intime". Les sensations imposées par l'événement traumatique annulent toute révélation de l'intime. Ce qu'a perdu le traumatisé, c'est la capacité de se traduire symboliquement, par la parole, à l'oreille d'un autre.

(...) Il s'agit bien d'une perte de "la parole", de ce qui au sein même du langage signifie l'être parlant, car parfois, à côté du silence de stupéfaction, d'inhibition, il peut persister des bribes de langue: un discours logorrhéique plus ou moins vide de sens d'où l'auteur est toujours absent.

La victime constate qu'elle n'y est pas, qu'elle n'existe pas (de ex-sistere) puisqu'elle ne parle pas. Elle est privée de référence à la loi (qui est la loi du langage et de la parole) lors de l'agression et par là sa vie n'en est pas une puisqu'elle n'est plus l'effet d'une demande et d'une réponse (de je à tu), de cet échange sans cesse renouvelé qui constitue le courant de la vie. La victime le constate en l'exprimant sous forme de: "Je ne vis plus, je survis mais ce n'est plus une vie".

Qu'est-ce que l'intime? C'est le point extrême de l'intimus, dans la définition du dictionnaire: "ce qui est le plus en-dedans, le plus profond" où sourd ce qui fait les éléments de la parole, c'est-à-dire les signifiants porteurs de celui-là même qui ressent. C'est là où naît ce qui va devenir la parole. C'est la source composite du langage qui porte le désir de l'être. C'est le lieu où se manifestent au présent les éléments de l'histoire porteurs du sujet résonnant sous le choc des mots de celui ou de celle qui parle. Autrement dit, l'intime, c'est la manifestation d'un acte de vie. C'est le lieu de formation du parlêtre. L'intime est en fragilité car, pour se révéler, il est dans l'exigence d'une ouverture sur soi, c'est-à-dire sur les événements adéquats de son histoire à l'instant présent, sous l'acceptation des mots qui en naissent à la fois sous son propre dynamisme et sous la réception des mots d'un autre.

Pour être dans l'intimité, il faut être au moins deux en lien de parole, sinon c'est le repli sur ce que l'on croit être le secret, de son coeur par exemple. Car la notion d'intime se lie avec celle d'accord avec l'autre, celui dont on est proche, qui vous entend et vous répond: l'intime. Grâce à cette mise en intimité la parole circule entre les personnes, et les êtres se révèlent comme vivants.

Le trauma, c'est l'annulation du point de la naissance de la révélation, de ce qui parle d'un Autre à un autre pour un autre, autrement dit de ce qui fait l'être, le fait vivre. Ainsi, les attitudes, les actions violentes, même portées par le seul langage d'un agresseur, peuvent bloquer la naissance de la parole et par là même la manifestation de vie. Toute mise en scène mensongère stérilise la source intime des événements langagiers porteurs de celui qui parle. L'ennemi de la parole est le mensonge, quelle qu'en soit l'origine ou la justification. Le mensonge reçu tue toute parole de vérité.

La honte comme symptôme. Revenu de l'explosion sensationnelle, du laminage émotionnel, le langage n'est perdu que pour un temps ou pas perdu du tout. Mais, s'il est possible, ce n'est plus qu'un discours de traduction des sentiments, des émotions post-traumatiques, de colère ou de honte par exemple, des images de soi, mais pas du ressenti. Ce langage là est une représentation du moi fourni en abondance par les sens, mais pas du sujet de la parole qui s'origine à l'intime.

Ce qu'a perdu le traumatisé, c'est la capacité de se traduire symboliquement, par la parole, à l'oreille d'un autre. Il lui manque cette faculté proprement humaine sans qu'il sache ce que c'est. Il n'est pas à égalité avec tout autre réputé non pas discourir mais parler. La honte se constitue ainsi d'une infériorité par déficience au point traducteur de l'humanité en chacun.

La honte peut se dire. Dire sa honte est au plus près de l'atteinte traumatique, mais ne change rien au méfait du trauma.

La honte: c'est de ne pas être à égalité avec les autres. C'est être marqué par un défaut, au sens de manque, être par là en infériorité. (…) L'étymologie du terme "honte" renvoie à "honnir", vouer quelqu'un à la honte publique, à la désapprobation générale. Il sous-entend l'humiliation, le déshonneur, l'indignité. (…)

La honte est conjuguée au vide, à l'impossibilité d'exister car elle est typiquement non symbolisable, puisque représentant l'absence de parole. Se départir de la honte c'est pouvoir quitter le monde du fantasme surgi du trauma où les sentiments, les sensations recomposent un moi aléatoire au fil des remémorations obsessionnelles, des épuisements dus au sommeil bouleversé de cauchemars, des rencontres d'intervenants bien intentionnés qui, voulant protéger la personne agressée dans son statut de victime, lui retaillent un uniforme de handicapée à la mesure de ce qu'ils savent.

Le décollement du fantasme ne peut s'opérer qu'au prix d'un lien de parole avec un autre en position d'altérité radicale, d'un Autre: le lieu où ça parle. Ce travail ne peut se faire qu'avec cet Autre témoin de l'origine de la parole, ne trouvant pas de sens à la honte et au fantasme qui la porte (…) l'intime renaît au coeur de la victime honteuse quand cet Autre est là.

Liliane Daligand, La honte et le trauma, revue Stress et Trauma 2006 (3), pp. 151-153

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personne en souffrance

L'accès aux ressources, un cheminement complexe

"Le travail de l’historien nous éclaire sur ce qu’est notre mémoire personnelle. Qu’est-ce que se souvenir ? Qui est le sujet du souvenir ? Lorsque nous évoquons un épisode de notre existence, le temps présent est mis entre parenthèses au profit d’une plongée dans le monde englouti. Les forces, les idées, les ressources que l’action quotidienne puise dans ce monde-là nous restent invisibles. Nous les utilisons à notre insu. Il serait trop facile de considérer notre mémoire comme une réserve d’informations, de « données » accessibles selon des processus toujours actionnés de façon identique. Là encore il y a un dialogue permanent entre des couches émergentes et tout un monde de latences.
L’aspect pronominal du verbe doit susciter notre étonnement. Se souvenir, c’est s’adresser à soi-même. Pour se souvenir, il faut arrêter le temps et opérer un retour vers soi. Nous faisons bien plus qu’aller chercher de l’information. Nous reprenons une parcelle de notre propre matière pour l’observer, la réorienter, la reciseler et la placer dans l’orchestration présente. Notre mémoire est la pâte dont nous sommes fabriqués. Elle contient des points durs et des zones aérées, des couches de couleurs différentes. Elle n’offre pas de tableau bien net parce que nous la modelons sans cesse. Comment parvient-on à se modeler soi-même ? Voilà qui est paradoxal. Dans les secrets du monde pronominal, la mémoire s’inscrit comme l’instrument de notre fabrication et de notre métamorphose. "

Christine Bergé, L'Odyssée de la mémoire, (première partie, chapitre 6), La Découverte, 2010

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Est-il utile que je vous raconte mes précédents médicaux?

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La partie conversationnelle trouve une place importante, surtout au début, quand il s'agit de faire connaissance. Toute information peut avoir son sens, non pas seulement le compte-rendu de pathologies pour lesquelles vous avez déjà consulté des médecins, quand vous n'aviez pas d'autre choix que de vous y résoudre. Ce qui change avec l'hypnose, c'est que vous allez toujours vous sentir en mesure de faire des choix, ou du moins d'être acteur de votre vie. Car vous serez stimulé à réagir de la façon qui est la plus saine pour vous, à tenir compte de mieux en mieux des nécessités intérieures, telles quelles se manifestent souvent à des niveaux encore pas très clairs pour la conscience. Ainsi, sur le moyen et long terme vous pourrez avoir un meilleur contrôle de votre vie. Une séance d'hypnose conduit généralement à approfondir en pensée le cheminement qu'il serait nécessaire d'effectuer en vue d'atteindre un objectif que vous-même avez voulu vous fixer.

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Action stratégique du thérapeute

"Quand on est en hypnose et qu’on est thérapeute on est tout le temps dans une démarche stratégique. C'est-à-dire la stratégie c'est les moyens que l’on met en œuvre pour arriver à atteindre un objectif. Et donc notre travail de théorie va être de mobiliser un certain nombre de moyens pour aider un individu, un couple ou une famille à atteindre son objectif. Alors il y a l’objectif qu’il s’est fixé, lui, qu'on pourrait appeler l’objectif officiel de la thérapie et puis il y a l’objectif "officieux" qui est l’idée que l’on a nous, ou les hypothèses que l’on fait sur ce qu’il est et les difficultés qu’il rencontre. Ce sont des hypothèses que l’on pose sur la définition d’un problème. Exemple: si quelqu'un vient parce qu’il a des angoisses, on peut faire des hypothèses, non pas des interprétations mais des hypothèses, sur ce qui l’a amené, avec ce qu’il est, lui dans sa psychologie, à être dans cette situation-là. Donc ce sont des hypothèses que l’on fait sur les apprentissages de cette personne-là, ses émotions, comment avec ce qu'il est actuellement il s’est mis en difficulté, des difficultés qui l’ont mis dans cette angoisse et cette peur de sortir. Donc notre boulot va être double : lui ce qu’il demande c'est de ne plus avoir peur, donc ça c'est qu'on peut appeler l’objectif officiel et nous notre objectif officieux c'est comment amener cette personne-là à être un peu plus adulte dans ses relations avec les autres, comment l’aider à être un peu plus autonome vis-à-vis de ses parents, etc, etc. Mais ça bien évidemment ça reste un objet officieux. Pourquoi ? Parce qu’on n’est pas Dieu le père, parce que ce sont des hypothèses que l’on peut avoir et que ces hypothèses-là ça reste des hypothèses. On peut aussi se tromper d’hypothèse. (...)Ces hypothèses-là vont nous servir pour base de travail. Pour mettre en place des stratégies, donc des moyens pour cette personne-là à créer ce fameux changement de type 2. Ces stratégies-là vont en permanence sous-tendre notre travail avec l’hypnose. Aujourd'hui moi en tant qu’hypnothérapeute je ne fais jamais une séance d’hypnose pour faire une séance d’hypnose. Je ne fais jamais une séance d’hypnose sans hypothèses. J’ai toujours des hypothèses sur ce qui se passe et les processus qui sont en œuvre, de sorte à aider la personne à changer des choses, tout en continuant à s’occuper de son problème officiel."

Source: Brunos Dubos, Psychiatre - Conférence: L Hypnose Ericksonienne - AREPSY Rennes (l'extrait retranscrit commence à 1'28'10) https://www.youtube.com/watch?v=M9ThC4VQrpM

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