papillonspapillons    at

conflit

Comme en médiation, on favorise l'individualisme relationnel

La promotion d’un individualisme relationnel

Le fait de placer l’individu au cœur de la régulation sociale, de le considérer comme porteur de sa propre parole, s’intègre dans le projet individualiste postmoderne. Le glissement d’un imaginaire juridique adossé sur des valeurs collectives à un imaginaire démocratique qui donne à chacun la possibilité d’être producteur de droit en est une des meilleures illustrations. L’éthique de la médiation propose en effet que les conflits ne soient pas réglés par rapport à une norme transcendante (prêt-à-porter juridique) mais par un accord conclu entre leurs protagonistes (sur mesure juridique) (...). Considérer que chacun est en mesure de devenir son propre législateur représente naturellement une subjectivisation de la norme et constitue une entorse au modèle jupitérien (...) d’une loi toute-puissante fondée sur la Raison. Bien sûr, cet individualisme n’est pas sans danger. Il est généralement associé à la dictature du marché, au libéralisme sauvage, aux inégalités. Il est considéré comme un facteur d’égoïsme et d’indifférence. Et il est vrai que l’émergence d’une société d’individus rend aléatoire la production d’un monde commun. La culture du « narcissisme », qui sécrète une incapacité à communiquer, engendre les phénomènes de rejet de l’autre, s’avère destructrice à bien des égards.

Mais en même temps, l’individualisme porte de grandes espérances (...). Il est associé à la progression de la défense des droits de l’homme qui place l’individu sujet de droits au cœur du projet social. Sans la philosophie individualiste, les femmes n’auraient pas pu s’émanciper, le droit d’expression des minorités n’existerait pas. Mais cet individualisme créateur n’est pas spontané. Il est l’aboutissement d’une conquête. La médiation en constitue un des outils. En responsabilisant les personnes, en leur permettant de découvrir l’altérité par le dialogue et la communication, elle les inscrit dans un lien social. Elle participe d’une rationalité communicationnelle, contribue à la création d’un espace public reposant sur une éthique de la discussion (...). L’individu n’y est plus défini par les institutions ou les autorités, mais il se définit lui-même au cours d’un processus d’échange et de reconnaissance interpersonnelle. La médiation peut ainsi permettre d’aider les individus à passer d’un individualisme narcissique à un individualisme relationnel qui permet de vivre les uns avec les autres et non les uns à côté des autres. Mais ce passage ne se fait pas aisément du fait de l’émiettement des identités collectives et de l’absence d’une culture de médiation qui verrait les citoyens recourir spontanément à des régulations compréhensives et pacifiques.

Jacques Faget - L'impensé de la médiation : contre-culture ou soft power ? - Empan 2008/4 (n° 72), pp 74-80

Forums: 

Tags: 

Image: 

Bien réagir en cas de coup dur?

« Vous n’avez pas le choix ! » Que c’est dur d’entendre cette phrase et d’avoir à faire face à une situation qui nous déplaît, mais que nous n’avons pas la possibilité d’éviter.

La perte de confort se profile comme imminente quand des faits graves viennent nous déranger dans le petit monde fait à notre mesure, dans lequel nous avions réussi à nous sentir bien. Le désagrément est encore plus fort du fait que nous ne vivons pas dans une culture du fatalisme et de la résignation, mais qu’au contraire, autour de nous, c’est toujours le même refrain que nous entendons, celui qui dit que nous sommes modernes, donc libres de choisir selon nos préférences.

Et pourtant cela ne marche pas à tous les coups. Il y a des situations où simplement il s’agit de suivre des directives qui viennent de plus haut. Il y a des accidents qui font que la santé est atteinte. Il y a la liberté des autres, hors de notre contrôle, qui parfois blesse même involontairement.

Admettons que nous soyons en séance d’hypnose. J’essaye de me situer en empathie avec vous, dans cette difficulté récente, insurmontable : vous n’avez pas le choix et vous en faites une maladie, au sens d’une souffrance psychologique.

Que puis-je faire pour vous dans ce cas, pour vous aider à mettre en cours une dynamique plus positive, sans me limiter, comme feraient d’autres, à proposer les phrases de consolation censées adoucir le malheur en le relativisant ?

Car il y a des situations où il ne suffit pas de vouloir changer les idées en relativisant. Et je dirais même que le problème consiste justement dans le fait que la situation inconfortable elle-même est provoquée par une sorte de fatalité conduisant à une nécessité de relativiser qui ne nous laisse pas le choix. Ce changement est commandé par une autorité externe et non pas une nécessité ressentie comme intérieure. Aucun remède n’est donc apporté avec cette phrase de consolation, qui en réalité n’est qu’une phrase de description du monde dévasté dans lequel se meut celui qui souffre. L’injonction à relativiser ne fait rien d’autre que de remuer le couteau dans la plaie.

Parlons donc de la méthode hypnotique. Elle consiste à retrouver l’état d’enchantement préexistant à l’accident. Qu’est-ce que cela ? Cela signifie que le confort mental, en temps ordinaire, suppose que nous vivions dans l’enchantement de nos propres croyances organisées en système. A ce stade ça roule, c’est fluide et il n’y a aucune nécessité à mettre en question un système qui fonctionne en le relativisant. Mais l’accident survient comme un grain de sable dans un engrenage, grippant le fonctionnement de toute la machine. Ceci se passe dans l’immatériel des croyances, qui perdent leur lumière et que nous devons réexaminer pour savoir si nous pouvons les garder ou si nous devons les éliminer, après les avoir relativisées. C’est un travail qui pourrait sembler interminable, puisque nous avons des centaines, voire des milliers d’idées et de représentations.

Le désanchantement des croyances c’est la perte de leur lumière. A ce stade une personne est vulnérable et elle risque fort de succomber à la domination de tiers, en particulier si l’absence de choix relève de directives élaborées par un système de pouvoir qui a une prise sur la vie de cette personne, quand, dans la vie professionnelle il y a des chefs dont le système de croyances n’est pas attaqué et quand ces chefs se complaisent dans leur posture de dominants. Ou quand dans la famille il y a des personnes qui tiennent cette capacité à manipuler en déstabilisant.

Combien de fois cette perte de l’autorité intérieure est survenue chez des personnes qui vivent des pressions dans leur milieu professionnel, voire dans leur milieu familial ? Combien de fois la santé n’a pu être retrouvée qu’après un changement d’emploi, un divorce ou une séparation ?

Chaque cas est particulier, mais dans le cadre d’une séance d’hypnose il me semble intéressant de travailler sur la notion d’enchantement  et de luminosité du système de croyances, suite à un coup dur. Sans chercher à analyser de près la configuration de l’enivronnement où se trouvent ces éléments impondérables, difficiles à intégrer, qui obligent à une relativisation du mode de penser, il s’agit de viser une seule chose, un peu de confort psychologique en retrouvant quelque part, dans un lieu intérieur, une zone protégée où l’enchantement peut à nouveau reprendre de la vigueur.
 

Forums: 

Tags: 

Image: 

Nous autres urbains, citadins globalisés

Forum: 

Je reprends d'un autre forum la citation suivante, de Marianne Vitre

Il y a encore 100 ans, la plupart des gens naissaient, vivaient et mourraient dans un village. Ils passaient la journée au travail avec les mêmes collègues durant de nombreuses années, ils avaient une famille stable et des loisirs avec toujours les mêmes voisins.
Aujourd'hui, les villages sont désertés, les gens s'entassent dans les villes et doivent être plus "flexibles". On s'habitue à n'avoir que des relations superficielles, à ne pas connaître vraiment les gens et du coup à s'en méfier.

L'environnement dans lequel nous évoluons crée forcément un impact sur notre façon de ressentir la vie, de façon positive ou négative. Ceux qui ont vécu le passage d'un univers sémantique à l'autre, du village replié au monde globalisé, c'est-à-dire à peu près chacun de nous, a peut-être rejeté tout ce qui vient des modèles anciens et ressent comme un vide, parce qu'il n'est plus connecté à cette espèce de force d'inertie qui permet à une identité d'être centrée et de fonctionner dans ce contexte.

D'autres personnes vivent ce changement sans ressentir de vide, mais plutôt une sorte de tension, un conflit générationnel. Ce sont ceux dont les parents ou les membres influents de leur famille sont restés attachés aux formes identitaires des sociétés localisées. Leur problème c'est de se trouver régulièrement confrontés à des aînés assez rigides ou "carrés d'esprit" qui montrent de la difficulté à accepter qu'un plus jeune évolue en sortant des schémas connus. Ces dissensions en famille créent souvent un malaise, comme les uns ne souhaitent pas discuter et que les autres manquent du langage pour faire valoir leurs choix de vie, en fonction des paramètres du nouveau système globalisé, parce que tout change toujours très vite et que même les langages n'arrivent pas à suffisamment s'ancrer pour arriver à rendre compte de ce qui a une signification profonde, d'un point de vue existentiel, pour les individus. Ce malaise parfois est dit, mais le plus souvent est enfoui, telle une blessure profonde que l'on n'arrive plus à situer, mais qui continue pourtant à faire souffrir. Il est enfoui parce que le temps a passé et que pour éviter de nouvelles tensions, certains sujets, certaines façons de parler et de se comporter sont devenues taboues dans les moment de rencontre, dans la famille élargie.

Où est-ce que je veux en venir en écrivant cela? A la possibilité, bien sûr de comprendre en quoi l'hypnose, parce qu'elle permet un travail sur les éléments profonds de notre psychisme, si elle est pratiquée de manière compétente et bénéfique, peut générer un renouveau d'intérêt pour des choses essentielles, parfois complètement enfouies, telles que la possibilité de ressentir une identité centrée, en rapport avec un lieu particulier et les forces naturelles qui s'y trouvent ou encore pour nous permettre de retrouver le plaisir de dialoguer avec nos parents ou grands-parents, même s'ils fonctionnent avec d'autres logiques identitaires que les nôtres. Dans ce cas, une régression, par l'hypnose, permet de retrouver des éléments de ce malaise relationnel ancien, si on souhaite le désenfouir et redonner aux relations transgénérationnelles un nouvel éclat, de sorte à bien pouvoir en profiter.

 

Tags: 

Le rôle des théoriciens en thérapie

Ainsi que l'a fait remarquer E. R. Dodds, Platon soutient dans ses Lois que "la majorité des êtres humains peuvent rester dans une sorte de santé morale seulement grâce à une diète "d'incantations" bien choisie - c'est-à-dire, en édifiant des mythes et en brassant des slogans éthiques". Ce que les peu nombreux esprits intelligents réalisent, à travers l'examen de la vie, les plus nombreux doivent l'avoir atteint, pour eux, à travers une éducation en des croyances "salutaires". Le mal moral est considéré équivalent d'une part au conflit psychologique et, d'autre part, avec le conflit social. La tâche du théoricien est de réduire ce conflit: la théorie a comme fonction de servir la thérapie".

Source: Philip Rieff, The Triumph of the Terapeutic. Uses of Faith After Freud, 1966, p.67 https://books.google.com.pk/books/about/The_Triumph_of_the_Therapeutic.h...

Texte original en anglais: "As E. R. Dodds pointed out, Plato held in his Laws that "the majority of human beings can be kept in tolerable moral health only by a carefully chosen diet of 'incantations' - that is to say, edifying myths and bracing ethical slogans." What the superior and intelligent few may achieve through examined life, the many must have achieved for them through education in "salutary" beliefs. Moral evil is equated, on the one hand with psychological conflict and, on the other, with social conflict. The task of the theorist is to reduce this conflict: theory was to serve a therapy".

Forums: 

Tags: 

Et encore...

(1) | A (5) | B (1) | C (14) | D (2) | E (7) | F (3) | G (1) | H (7) | I (1) | J (1) | L (17) | M (3) | N (1) | O (3) | P (5) | Q (4) | R (2) | S (8) | T (4) | U (1)
Title Authorsort descending Last update
Avoir un projet de santé, tenter autre chose pour se soigner Saresca Sat, 24/06/2017 - 14:39
Apport des neurosciences Saresca Wed, 14/06/2017 - 23:06
Acceptation culturelle d'être dissocié Saresca Thu, 15/06/2017 - 00:46
Autorité intérieure Saresca Wed, 14/06/2017 - 23:33
Action stratégique du thérapeute Saresca Wed, 14/06/2017 - 19:07
This block is for debugging.
Subscribe to conflit